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Hub régional MENA : Renforcer les efforts de prévention de l’ensemble de la société en Tunisie – Le rôle des gouvernements locaux dans la prévention et la lutte contre l’extrémisme violent

Date de publication :
19/11/2024
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Les 10 et 11 septembre 2024, à Tunis, en Tunisie, le Hub régional MENA du Réseau des villes fortes, en partenariat avec la Commission nationale tunisienne de lutte contre le terrorisme (CNLCT), a organisé un atelier de deux jours pour discuter du rôle des villes tunisiennes dans la prévention et la réponse à la haine, à l’extrémisme violent et à la polarisation, ainsi que pour soutenir les efforts de la CNLCT visant à renforcer la capacité des autorités locales à mettre en œuvre la Stratégie nationale de lutte contre l’extrémisme violent 2023 – 2027 (Stratégie nationale), récemment mise à jour. Sponsorisé par l’UE (dans le cadre de son initiative STRIVE Cities ), l’atelier a réuni plus de 60 participants, dont des représentants des municipalités et gouvernorats tunisiens, des ministères nationaux, des points focaux du CNLCT de différents gouvernorats, ainsi que des représentants de partenaires internationaux et d’organisations de la société civile (OSC) internationales et locales.

Dans son discours d’ouverture, Neila Feki, présidente de la Commission nationale de lutte contre le terrorisme, a souligné le rôle critique des autorités locales dans les efforts de prévention et l’importance d’une approche globale de la société pour prévenir l’extrémisme violent (PVE). Elle a salué les efforts de Strong Cities pour soutenir le CNLCT dans la localisation de la stratégie nationale actualisée. Pascale Gallien, Conseillère à la Délégation de l’Union européenne en Tunisie, a souligné l’engagement de l’UE à soutenir les programmes de prévention locaux en Tunisie, et Zouhair Racheha, Chef du Hub régional MENA de Strong Cities, a discuté du soutien du Hub aux efforts menés par les villes dans la région pour lutter contre la haine, l’extrémisme violent et la polarisation, y compris en connectant les villes avec les bonnes pratiques régionales et mondiales.

Les participants ont discuté des défis auxquels sont confrontées les villes tunisiennes dans la lutte contre l’extrémisme violent et les menaces qui y sont liées. Il s’agit notamment du manque de coordination efficace et de partage d’informations entre les acteurs nationaux et locaux, ainsi qu’entre les parties prenantes locales (les participants ont ensuite partagé des solutions numériques potentielles pour améliorer la coordination), de l’importance de contextualiser les stratégies nationales de prévention pour la mise en œuvre locale et du rôle critique de l’engagement des villes auprès des jeunes dans le cadre d’une approche holistique de la prévention. Les participants ont également mis l’accent sur les différentes composantes d’une approche de la prévention à l’échelle de la ville, les représentants des villes partageant des exemples d’approches dans leur ville. Les éléments mis en avant comprennent des initiatives d’autonomisation économique et de formation professionnelle pour aider à lutter contre les facteurs de radicalisation vers la violence et réduire les vulnérabilités aux récits extrémistes haineux et violents, en particulier chez les jeunes ; l’implication des chefs religieux pour aborder les questions qui touchent les jeunes aujourd’hui ; et les programmes de soutien à la santé mentale, qui ont été soulignés comme un élément important (mais souvent négligé) des stratégies de prévention. À cet égard, la municipalité de Sfax a proposé d’inclure des conseillers en santé mentale dans la conception des initiatives de prévention menées par la ville, une suggestion qui a trouvé un écho auprès d’autres villes et OSC.

L’atelier a également permis à des représentants de villes membres de Strong Cities en Jordanie et en Irak de partager des études de cas sur la coopération entre les gouvernements locaux et les acteurs non gouvernementaux dans la mise en place de cadres de prévention inclusifs et efficaces qui tirent parti des connaissances et des ressources locales. Ces présentations ont fourni aux représentants des collectivités locales tunisiennes des informations pratiques sur la manière de développer des réseaux dynamiques de prévention et de lutte contre l’extrémisme violent (P/CVE) dirigés par les collectivités locales en Tunisie. M. Ali Abdullah, président du Comité national irakien de lutte contre l’extrémisme violent (NCCVE), a fait part de l’expérience et des enseignements tirés des efforts déployés par le gouvernement irakien pour faciliter la localisation de la stratégie nationale de lutte contre l’extrémisme violent.

Dans l’ensemble, l’atelier a représenté une occasion unique pour les représentants des municipalités et du gouvernement national en Tunisie de discuter de la localisation de la stratégie nationale tunisienne révisée et, plus largement, pour les municipalités de partager leurs expériences et leurs bonnes pratiques en matière de prévention, en favorisant de nouveaux liens entre les autorités locales et entre les parties prenantes au niveau national et local.

Principaux enseignements

  1. Les municipalités et les gouvernorats de Tunisie ont un rôle important, mais souvent inexploité, à jouer dans le domaine de la prévention de la criminalité et de l’enlèvement des enfants et, plus généralement, de la prévention. En intégrant la prévention dans un mandat existant et en tirant parti des ressources et de l’expertise existantes pour mettre en œuvre des programmes de prévention, les autorités locales peuvent commencer à surmonter l’un des obstacles à leur implication dans ce travail : le manque de ressources dédiées à la prévention de la part du gouvernement central.
  2. La stratégie nationale actualisée offre l’occasion d’impliquer les villes et les autorités locales dans la localisation du cadre et de veiller à ce que les acteurs locaux soient suffisamment responsabilisés et soutenus pour contribuer à sa mise en œuvre.
  3. La nécessité d’une coopération renforcée entre les différents niveaux de gouvernement en matière de lutte contre la criminalité transnationale organisée et, plus généralement, de prévention, est de plus en plus reconnue. La clarification des rôles et des mandats des différents acteurs nationaux et locaux, y compris les autorités locales, améliorerait considérablement les capacités de réaction au niveau local.
  4. L’engagement des autorités locales auprès des jeunes est une composante importante des stratégies de prévention efficaces. Les villes s’attachent de plus en plus à offrir des opportunités aux jeunes par le biais de diverses initiatives, telles que des forums et des conseils de jeunes, ainsi que des programmes de développement des compétences et d’autonomisation économique. Ces efforts reconnaissent que l’engagement et l’autonomisation des jeunes sont essentiels pour renforcer la résilience des communautés et peuvent contribuer à lutter contre le sentiment d’exclusion, qui peut être un moteur de l’extrémisme violent.
  5. L’identification des structures et des programmes gouvernementaux et non gouvernementaux existants qui ont un impact positif sur les communautés est essentielle à l’élaboration d’une approche globale de la prévention. La société civile, en particulier, joue un rôle crucial en Tunisie dans la prévention de la haine, de l’extrémisme et de la polarisation et représente un partenaire précieux pour les gouvernements locaux dans leur travail de prévention de l’extrémisme violent.
  6. Les gouvernements locaux bénéficieraient d’un renforcement de leurs capacités et d’autres formes de soutien pour améliorer leur capacité à répondre efficacement aux crises, notamment par le biais d’une communication stratégique. Des stratégies de communication efficaces peuvent aider les villes à instaurer un climat de confiance avec les communautés locales, ce qui est fondamental pour la réussite des efforts de réponse.

Menaces, défis et besoins des villes

Les participants ont souligné que, bien que ces dernières années, la Tunisie ait largement évité les attaques terroristes, la menace de l’extrémisme violent, particulièrement répandu en ligne, reste présente. Les discussions ont mis en évidence un certain nombre de facteurs contribuant à la vulnérabilité face à cette menace. Il s’agit notamment des opportunités d’emploi limitées et des inégalités économiques criantes entre les zones urbaines et rurales, ainsi que du manque d’inclusion des jeunes et des minorités dans les processus décisionnels du gouvernement, ce qui peut donner à ces groupes un sentiment de marginalisation et de vulnérabilité.

Les participants ont expliqué que de nombreuses municipalités manquent de ressources pour s’engager efficacement dans des efforts de prévention, ce qui laisse des lacunes dans leur capacité à détecter les influences et les récits extrémistes violents et à y répondre. Ils ont également souligné que l’urbanisation rapide et la croissance démographique due aux migrations internes mettent à rude épreuve les infrastructures et les services locaux, ce qui peut entraîner un sentiment d’exclusion et de marginalisation au sein des communautés concernées.

Les discussions qui ont suivi ont fait ressortir plusieurs mesures qui pourraient être prises pour aider à relever les défis susmentionnés. Par exemple, les participants 1) ont encouragé les gouvernements locaux à développer des cadres pour l’engagement des jeunes, ainsi que des espaces publics inclusifs, en tant que centres essentiels pour favoriser le dialogue, la tolérance et la cohésion sociale, ainsi que le renforcement des capacités, en notant que ces espaces offrent des opportunités précieuses pour l’engagement des jeunes et l’implication positive de la communauté ; 2) ont appelé à des initiatives de renforcement des capacités pour améliorer la capacité des autorités locales à gouverner efficacement et à mettre en œuvre des programmes de prévention efficaces ; 4) a souligné la nécessité pour les municipalités d’élaborer des stratégies de gestion de crise pour faire face aux catastrophes naturelles, aux menaces pour la sécurité et aux urgences en matière de santé publique, en insistant sur le fait que le renforcement de la capacité des gouvernements locaux à répondre à ces défis sera essentiel pour construire des communautés résilientes, inclusives et prospères.

Thèmes clés

Les participants ont souligné l’importance cruciale d’une collaboration efficace entre les autorités nationales et locales dans la prévention de l’extrémisme violent. Alors que la stratégie nationale de la Tunisie fournit un cadre utile pour la coopération, les autorités locales ont exprimé le besoin d’un soutien supplémentaire pour la mettre en œuvre au niveau municipal. De nombreux participants ont souligné que l’absence de mécanismes efficaces de partage de l’information entre les autorités locales, les gouvernorats et les institutions nationales constituait un obstacle majeur à la coordination des efforts de prévention de l’extrémisme violent.

Les participants ont convenu de la nécessité d’inclure les gouvernements locaux dans les efforts de coopération de l’EVP dans le pays, en particulier parce que les autorités locales manquent souvent des ressources et de l’expertise nécessaires pour agir par elles-mêmes. Les participants ont reconnu que même lorsqu’elles disposent de capacités suffisantes, les villes, que ce soit en Tunisie ou ailleurs, doivent établir des partenariats avec les OSC plutôt que de les considérer comme des concurrentes. Des exemples réussis où les gouvernements locaux ont tiré parti de l’expertise et des relations communautaires des OSC pour améliorer l’efficacité et la portée des initiatives PVE menées par les villes ont été mis en évidence. Ainsi, la ville de Sousse a évoqué sa collaboration avec l’association We Love Sousse sur les conseils locaux de jeunes dans la ville. Le gouvernorat de Jendouba a expliqué comment, en collaboration avec le réseau des chefs religieux pour la PVE du Forum El Jahedh, il fait participer les jeunes exposés au risque de radicalisation et les chefs religieux à des initiatives de formation et à des sessions de dialogue sur la PVE.

Pour une contribution efficace des collectivités locales au pilier prévention de la stratégie nationale révisée de lutte contre l’extrémisme violent et le terrorisme, nous disposons des mécanismes, réseaux et partenariats existants. Ce qu’il faut, ce sont des efforts concertés et une coordination, une communication et une confiance accrues aux niveaux local – local et national – local

Adnen Sassi, Chef de service Coopération internationale, Municipalité de Sousse (Tunisie)

Les participants ont souligné le potentiel de diverses structures de réseau dans le pays pour aider à renforcer l’implication des gouvernements locaux dans les efforts de coopération PVE en Tunisie. Il s’agit notamment de la Fédération nationale des municipalités tunisiennes (FNCT), de l’Organisation tunisienne pour la cohésion sociale, ainsi que des comités de résilience communautaire qui impliquent les jeunes et les acteurs locaux dans l’élaboration et la mise en œuvre des politiques. Ces plateformes sont considérées comme essentielles pour faciliter l’échange de bonnes pratiques et améliorer la communication entre les villes et entre celles-ci et les autorités nationales, ainsi que pour favoriser l’engagement des communautés locales.

Par exemple, la création de comités de résilience communautaire dans neuf villes a été soulignée comme une initiative réussie. Ces comités, composés de jeunes et d’autres acteurs locaux, recueillent les idées des membres de la communauté pour adapter les politiques nationales au contexte local et ont élaboré des plans d’engagement social pour traiter les questions locales prioritaires.


CNLCT Réseau de points focaux régionaux

  • Défi : La Tunisie a été confrontée à des défis complexes liés à l’extrémisme violent. Des progrès ont été réalisés en matière de sécurité et d’opérations militaires. Cependant, une approche plus globale, incluant la détection précoce et la prévention au niveau local, est nécessaire. Les gouvernements locaux ont un rôle important à jouer à cet égard, mais ils manquent souvent du soutien structuré ou de l’accès aux plateformes de coordination qui sont nécessaires pour libérer leur potentiel PVE.

  • Approche : En réponse, en 2019, le CLNCT a établi un réseau de points focaux régionaux au sein de chaque bureau de gouverneur dans les 24 gouvernorats de la Tunisie afin de renforcer la coopération nationale-locale pour le PVE. Les points focaux ont été mandatés pour être le principal point de coordination entre les parties prenantes locales et le comité national. Ces points focaux ont reçu une formation sur le PVE et ont été chargés de coordonner la mise en œuvre de la stratégie nationale au niveau régional, dans le but d’assurer l’alignement entre les initiatives locales et le cadre national.

  • Impact : Selon Saida Ben Rouha, le point focal pour Tunis, les points focaux ont joué un rôle clé en facilitant la communication et la coordination entre les institutions locales, en veillant à ce que les défis locaux liés à l’extrémisme violent soient abordés dans le cadre national. Le réseau a permis aux autorités locales de soutenir plus efficacement les communautés vulnérables en les mettant en contact avec les ressources nécessaires à leur autonomisation sociale et économique, réduisant ainsi les facteurs sous-jacents de l’extrémisme. Les points focaux ont également travaillé en étroite collaboration avec la société civile pour favoriser la confiance, impliquer les communautés marginalisées et mettre en œuvre des mesures préventives, contribuant ainsi à réduire les vulnérabilités à l’extrémisme violent dans toute la Tunisie.

Tout au long de l’atelier, les participants ont souligné l’importance d’instaurer la confiance entre les communautés et les autorités locales. Ils ont souligné à quel point cela était fondamental pour créer des communautés résilientes et atténuer la propagation de l’extrémisme violent et de la violence motivée par la haine. Ce processus de construction de la confiance, ont noté les villes, est particulièrement crucial dans les zones marginalisées où il peut y avoir une histoire de désengagement des institutions locales ou de méfiance due à une négligence historique et systémique. Les discussions ont mis en évidence le fait qu’il est essentiel de s’attaquer aux facteurs de marginalisation pour établir la confiance.

Les participants ont souligné que des processus décisionnels transparents, des consultations régulières des communautés et des services de gouvernement local plus réactifs, en particulier lorsqu’ils ciblent les jeunes marginalisés, peuvent contribuer à rétablir la confiance.

Les municipalités de Kasserine, Ben Guerdane, M’saken et El Kef ont expliqué comment les conseils locaux de la jeunesse et les maisons de jeunes au sein de leurs municipalités, non seulement responsabilisent les jeunes, mais cultivent également un sens plus profond de l’appropriation et de la responsabilité de ce qui se passe au sein de leurs communautés. En donnant aux jeunes une voix dans la gouvernance, ces conseils peuvent contribuer à combler le fossé entre les autorités locales et la communauté. [Note : La Tunisie dispose d’un réseau de 354 maisons de jeunes réparties dans ses 24 gouvernorats, qui sont en train d’être réactivées pour mieux répondre aux besoins des jeunes. Note de fin]. Les municipalités de Sfax et de Bir Lahmar ont expliqué comment elles récupèrent les espaces publics tels que les places et les jardins, pour les transformer en zones attrayantes pour les communautés locales et servir de lieux pour diverses activités d’engagement communautaire.

S’agissant de la prévention de l’extrémisme violent, de l’engagement des jeunes et des vulnérabilités à la radicalisation, nous ne devons pas oublier la santé mentale et la nécessité d’intégrer le soutien psychosocial par le biais d’une expertise professionnelle et d’interventions à tous les niveaux.

Fonctionnaire municipal, Ville de Sfax (Tunisie)

En outre, les participants ont souligné la nécessité d’améliorer la fourniture de services sociaux, y compris le soutien à la santé mentale, à tous les résidents et, plus fondamentalement, de renforcer les structures de gouvernance locale, étant donné que les disparités dans la fourniture de services, en particulier dans les quartiers urbains sous-développés et les zones rurales, peuvent exacerber les sentiments d’exclusion et de marginalisation. En s’attaquant à ces inégalités et en veillant à ce que toutes les communautés aient accès à des services de qualité, les gouvernements locaux peuvent mieux contribuer à la construction de villes et de communautés résilientes.


Municipalité de Jendouba (Tunisie)

Jendouba, située dans le nord-ouest de la Tunisie, est une municipalité essentiellement rurale qui est confrontée à des opportunités économiques limitées pour les jeunes et à des taux de chômage élevés. La proximité de la région avec l’Algérie et les problèmes de sécurité qu’elle a connus par le passé contribuent à la rendre plus vulnérable aux récits et au recrutement extrémistes.

  • Défi : La municipalité a été confrontée au défi des jeunes « à risque » qui se désengageaient de la vie civique et de la société, se retiraient des établissements d’enseignement, des initiatives communautaires et se sentaient généralement marginalisés et abandonnés par la municipalité. Cette situation augmentait les risques d’isolement social, de vulnérabilité aux récits extrémistes violents et d’implication dans des activités criminelles.

  • Approche : La municipalité a cherché à créer un environnement plus inclusif dans lequel les jeunes pourraient partager leurs préoccupations avec le gouvernement local et bénéficier des conseils de jeunes mentors formés, ce qui contribuerait à renforcer la confiance et la coopération entre la communauté et les autorités locales. Cette démarche était essentielle pour soutenir les efforts de prévention précoce et renforcer la résilience face au risque de radicalisation vers la violence ou de participation à la criminalité ou à d’autres activités illégales.

    Le modèle de Jendouba représente un exemple de mise en œuvre locale de l’initiative plus large de police de proximité de la Tunisie, soutenue par le PNUD. Ce projet pilote engage activement plusieurs niveaux de gouvernance locale, des autorités régionales aux conseils municipaux, pour favoriser la confiance entre les citoyens et les forces de sécurité tout en répondant aux préoccupations locales en matière de sécurité. Cette initiative nationale, en cours depuis 2015, vise à transformer les forces de police en une entité axée sur le service public qui respecte les droits individuels et collectifs. Elle implique le déploiement progressif de la police de proximité dans tout le pays, en établissant des comités de sécurité locaux qui rassemblent les forces de sécurité intérieure, les OSC, les autorités locales et les citoyens. Ces comités identifient et traitent de manière proactive un large éventail de problèmes de sécurité au niveau de la communauté. Le projet intègre également une approche sensible au genre et basée sur les droits de l’homme, garantissant l’inclusion des femmes et des jeunes dans les LSC et promouvant le respect des droits individuels dans toutes les activités de police.

    Dans ce contexte, le modèle Jendouba visait à : 1) impliquer les jeunes à risque par le biais de sessions de dialogue ; 2) former des mentors pour les jeunes afin de maintenir les liens entre les jeunes et les autorités locales ; 3) intégrer les principes de la police de proximité afin de renforcer l’engagement entre les services de sécurité et le public ; et 4) créer et soutenir les comités de sécurité locaux afin de relever les défis en matière de sécurité au niveau de la communauté.

    Le programme a également réussi à rendre opérationnel un mécanisme d’orientation CVE qui a rassemblé 11 départements dans une action coordonnée, avec l’agent de liaison des parties prenantes représentant les équipes de mentors pour la jeunesse (Youth Mentor Teams – YMT). Ces services comprenaient : le gouverneur de Jendouba, les services de sécurité, les points focaux régionaux du CNLCT au sein du bureau du gouverneur, les ministères régionaux de l’éducation, de la santé, de l’emploi, des affaires sociales, de la jeunesse, de la culture, des femmes et des enfants, ainsi que la municipalité de Jendouba.

  • L’impact : Le modèle de Jendouba a eu un impact significatif et durable sur les relations entre les autorités locales, les acteurs communautaires et les groupes vulnérables, en favorisant une culture de coopération et de confiance qui est essentielle pour un PVE efficace.

    1. Confiance accrue entre la communauté et les autorités: Le programme a permis d’améliorer les relations entre les autorités locales, en particulier la police nationale, et la communauté au sens large. En intégrant les principes de la police de proximité, les services de sécurité locaux ont renforcé leur engagement auprès du public, en particulier des jeunes à risque, ce qui a permis de réduire considérablement les tensions et d’instaurer une confiance mutuelle – un facteur clé pour l’identification précoce et la prévention de l’extrémisme violent.

    2. Renforcement de la participation de la communauté à la prévention: Les membres de la communauté, en particulier les parents, se sont activement impliqués dans le processus d’orientation, trois orientations ayant été faites par des parents au cours du programme. Cet engagement direct montre comment la communauté a été habilitée à identifier et à soutenir les personnes vulnérables, illustrant le fait que les efforts de PVE prospèrent lorsque les communautés sont au premier plan des interventions précoces.

    3. Renforcement de la coopération multi-agences: Le modèle de Jendouba a établi un cadre d’intervention multi-agences qui a rassemblé les ministères régionaux, les autorités locales, la police nationale, la garde nationale et les équipes de mentors pour la jeunesse (Youth Mentor Teams – YMT). Cet effort collectif a permis d’apporter une réponse coordonnée aux risques d’extrémisme violent et de renforcer les capacités locales de protection.

    4. Soutien aux jeunes à risque et interventions préventives: L’initiative a démontré l’efficacité d’une approche préventive, puisque deux jeunes à risque ont été détournés avec succès de l’adhésion à des groupes extrémistes violents. Ces personnes ont réintégré l’enseignement supérieur et participé à des programmes d’emploi, montrant ainsi comment les autorités locales, en partenariat avec les YMT, ont proposé d’autres voies aux jeunes vulnérables.

    5. Amélioration de la collaboration et de la satisfaction du public: La satisfaction du public à l’égard des services de sécurité a augmenté, 95 % des agents de la garde nationale et de la police nationale ayant fait état d’une amélioration des relations et des résultats en matière de sécurité publique. En outre, 64 % des bénéficiaires directs, y compris les jeunes mentors et les fonctionnaires locaux, se sont déclarés plus satisfaits de la réactivité des acteurs locaux de la sécurité. Cette amélioration de la perception des services de sécurité a contribué à renforcer la résilience de la communauté face à l’extrémisme violent.

Les participants discutent de la façon dont la planification urbaine et l’utilisation efficace des espaces publics par les gouvernements locaux font partie intégrante de la promotion de l’inclusion et de la réduction des vulnérabilités qui peuvent conduire à l’extrémisme violent. Il s’agit non seulement de récupérer et de revitaliser les espaces publics, mais aussi de veiller à ce que ces zones soient conçues pour promouvoir la cohésion de la communauté, encourager les interactions sociales positives et servir de pôles pour l’éducation, l’économie et le développement des compétences. Par exemple, les municipalités de Sfax et de Bir Lahmar ont expliqué comment elles récupèrent les espaces publics, qui abritaient autrefois des marchés informels ou des jardins négligés, et les transforment en zones d’activités culturelles et éducatives, contribuant ainsi à réduire les comportements illégaux ou perturbateurs tout en encourageant l’engagement communautaire par le biais d’activités artistiques, éducatives et d’événements sociaux.

Les discussions ont également mis en évidence le rôle que l’urbanisme peut jouer dans la lutte contre les inégalités au sein des villes, notamment en créant des opportunités pour les communautés marginalisées. En améliorant les infrastructures, les services et l’accessibilité dans les quartiers défavorisés, les autorités locales peuvent contribuer à réduire les facteurs contribuant à la radicalisation, tels que la pauvreté et l’exclusion sociale.

Les participants ont également mentionné la création d' »espaces sûrs » pour les jeunes qui servent de centres pour les programmes éducatifs et les initiatives de renforcement de la communauté qui peuvent offrir des alternatives à l’extrémisme violent ou à d’autres influences néfastes. Par exemple, 13 des 15 gouvernorats de Tunisie ont commencé à construire des maisons de jeunes, des centres culturels et d’autres « espaces sûrs », soit 55 au total. Par exemple, la maison des jeunes Nasrallah, dans le gouvernorat de Kairouan, a mis en œuvre des activités visant à encourager la participation des filles à la vie de la communauté, ainsi que des activités destinées aux jeunes qui ont abandonné l’école. Les jeunes ont été initiés à des ateliers de développement des compétences qui vont de la formation professionnelle et des compétences techniques à des compétences non techniques, telles que le leadership, le travail d’équipe et la communication. Dans d’autres gouvernorats, les espaces ont été conçus pour favoriser la pensée critique en encourageant les jeunes à analyser les problèmes, à penser de manière créative et à développer des initiatives communautaires. Dans certains cas, les programmes artistiques et culturels constituent un élément clé, offrant une plateforme pour la créativité et l’expression personnelle.


Maison des jeunes de Hammam-Lif

Hammam-Lif, dans la banlieue nord de Tunis, a transformé sa maison des jeunes désuète en un centre dynamique pour le développement de la jeunesse.

  • Défi : Hammam-Lif est confronté à une marginalisation économique et sociale, avec des taux élevés de criminalité et de délinquance chez les jeunes de 16 à 30 ans. L’implication passée de la région dans l’extrémisme violent, en particulier avant 2011, a renforcé les inquiétudes concernant la vulnérabilité des jeunes aux influences extrémistes.

  • Approche : La municipalité de Hammam-Lif a mis en œuvre une approche stratégique pour relever ces défis :

    1. Gestion participative : À la suite de la révolution de 2011, la Maison des jeunes a adopté une approche plus inclusive et axée sur les jeunes, permettant à ces derniers de jouer un rôle important dans la gestion de la Maison des jeunes et la conception des programmes.

    2. Une programmation diversifiée : La Maison des jeunes propose un large éventail d’activités, notamment des ateliers de préparation à la vie active, des cours d’expression artistique, des formations professionnelles et des programmes de leadership, tous conçus par des jeunes.

    3. Accent mis sur la prévention des risques : Les programmes sont conçus pour lutter contre les comportements à risque et proposer des alternatives à la criminalité, à la délinquance et à l’extrémisme.

    4. Engagement civique : En l’absence de conseils municipaux, la Maison de la jeunesse a joué un rôle dans la participation des jeunes à la gouvernance locale et aux processus décisionnels.

    5. Inclusion des femmes : Des efforts actifs sont déployés pour accroître la participation des femmes, en s’attaquant à la disparité nationale entre les hommes et les femmes en ce qui concerne la fréquentation des maisons de jeunes.

  • Impact :

    1. L’approche de la Maison des jeunes a donné des résultats positifs significatifs :

    2. Diminution de la délinquance et des comportements violents chez les jeunes de la région.

    3. Renforcement de la pensée critique, de la créativité et de la responsabilité personnelle des participants.

    4. Renforcement du sentiment de citoyenneté et d’appartenance chez les jeunes de la région.

    5. Amélioration de la résilience des communautés et de l’autonomisation des jeunes.

    La maison des jeunes participe à l’initiative gouvernementale « Deuxième génération », qui vise à rénover et à moderniser les maisons des jeunes dans tout le pays, en améliorant leur capacité à répondre aux besoins des jeunes d’aujourd’hui. La maison des jeunes de Hammam-Lif est en mesure de jouer un rôle crucial dans l’expérimentation de nouvelles approches de la participation civique des jeunes, ce qui pourrait contribuer à l’élaboration de stratégies nationales pour l’implication des jeunes dans les processus de prise de décision.

    Ce succès dans la mise en œuvre d’une approche participative, menée par les jeunes, offre des leçons précieuses pour d’autres maisons de jeunes à travers la Tunisie, en particulier dans le contexte de l’évolution des structures de gouvernance locale et de la nécessité de renforcer la participation des jeunes dans les processus de prise de décision.

Le premier atelier de Strong Cities en Tunisie a mis en évidence plusieurs recommandations pratiques pour renforcer le rôle des villes tunisiennes dans la mise en œuvre de la stratégie nationale et dans le PVE de manière plus générale :

Le Hub régional MENA du Réseau des Villes Fortes continuera à travailler avec les villes et municipalités tunisiennes et les acteurs nationaux, ainsi qu’avec la société civile et les partenaires internationaux, pour soutenir la mise en œuvre de la Stratégie nationale tunisienne et de ces recommandations. Il s’agira notamment de fournir des opportunités d’apprentissage de ville à ville, d’offrir le soutien d’experts et d’utiliser les ressources de Villes fortes telles que le Guide pour une réponse dirigée par la ville et le Guide pour les villes afin d’aider à traduire ces recommandations en actions concrètes.

En outre, par le biais de son Fonds de soutien technique, le Centre régional MENA soutiendra les efforts d’un certain nombre de municipalités tunisiennes pour renforcer leurs capacités de prévention et de réponse et leurs interventions, en s’efforçant de répondre à certaines des recommandations énumérées ci-dessus.

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