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L’extrême droite canadienne en ligne – Leçons pour répondre à une menace résurgente

Date de publication :
26/05/2020
Type de contenu :
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— 5 minutes temps de lecture

Photo de Victoria Heath sur Unsplash

Auteur : Mackenzie B. Hart
Associé, Recherche et politique, Institut pour le dialogue stratégique

Fin janvier 2020, Jim Bronskill de la Presse canadienne a fait état de documents du gouvernement canadien récemment rendus publics. Les documents non classifiés mais expurgés concernent l’état de l’extrémisme de droite au Canada et révèlent que des membres du Service canadien du renseignement et de la sécurité (SCRS) et de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) n’étaient pas certains que le gouvernement était “capable de répondre efficacement” aux groupes et individus d’extrême droite. Les représentants du SCRS et de la GRC ont posé de nombreuses questions, dont beaucoup se situaient à un niveau fondamental, comme “avons-nous besoin d’une conversation plus large sur la façon dont nous comprenons et décrivons tous les types de violence motivée par l’idéologie ?

Comme beaucoup d’autres pays dans le monde, le Canada a reconnu la menace croissante de l’extrémisme de droite. En mai 2019, le Premier ministre Justin Trudeau a annoncé que le Canada se joignait à l’Appel à l’action de Christchurch pour aider à prévenir la diffusion de contenus terroristes et extrémistes violents en ligne. Le mois suivant, le gouvernement du Canada a ajouté les groupes néo-nazis Blood and Honour et Combat 18 à sa liste d’entités terroristes reconnues.

Malgré ce mouvement récent de reconnaissance de la menace violente que représente l’extrême droite au Canada, il existe peu de recherches rigoureuses et accessibles sur l’extrémisme de droite dans le pays, la plupart d’entre elles se concentrant plutôt sur les mouvements dans d’autres pays. Cela peut minimiser deux faits saillants : premièrement, l’extrémisme de droite au Canada est une menace croissante ; deuxièmement, s’il est important d’apprécier la collaboration de l’extrême droite à l’échelle mondiale, il est essentiel pour les décideurs politiques et les forces de l’ordre de comprendre les tendances et les griefs locaux, en ligne et hors ligne, pour faire face à la menace.

Il y a des exceptions à cette pénurie générale de recherche. Notamment, en 2015, Barbara Perry et Ryan Scrivens ont publié leur Analyse environnementale de l’extrémisme de droite au Canada financé par Sécurité publique Canada. Ce rapport, le premier du genre, dresse la carte des activités des extrémistes de droite dans l’ensemble du pays. Si ces travaux ont jeté les bases de notre compréhension de l’extrémisme de droite au Canada, ils se sont surtout concentrés sur les activités hors ligne et la mobilisation des adeptes du mouvement. En 2020, cinq ans après la publication de l’analyse de l’environnement , les recherches sur la manière dont les extrémistes de droite canadiens opèrent en ligne restent limitées.

La recherche a permis d’identifier un réseau de 6 352 utilisateurs canadiens de Twitter engagés dans des conversations extrémistes et plus de 37 000 fils de discussion lancés par des Canadiens sur le forum de discussion “politiquement incorrect” de 4chan.

Ce mois-ci, l’ISD a publié son rapport intermédiaire, Une analyse environnementale en ligne de l’extrémisme de droite au Canada dans le cadre d’une étude de deux ans menée par l’Université technique de l’Ontario, en partenariat avec des chercheurs de l’Université de l’État du Michigan et de l’Université du Nouveau-Brunswick. Les chercheurs de l’ISD ont entrepris l’une des études les plus complètes à ce jour, cartographiant l’activité en ligne des extrémistes de droite canadiens en 2019. Cette recherche a permis d’identifier plus de 6 600 canaux d’extrême droite sur des plateformes de médias sociaux telles que Facebook, Twitter et YouTube, ainsi que sur des plateformes alternatives telles que 4chan et Gab. Cette étude comprenait l’analyse de 130 pages et groupes Facebook, suivis par plus d’un million de personnes, d’un réseau de 6 352 utilisateurs canadiens de Twitter engagés dans des conversations extrémistes et de plus de 37 000 fils de discussion lancés par des Canadiens sur le forum de discussion “politiquement incorrect” de 4chan.

Outre une définition de l’extrémisme de droite, le rapport présente une typologie utile des différentes branches idéologiques du mouvement. Les chercheurs de l’ISD ont attribué chacun des comptes et canaux d’extrême droite de nos données à un courant idéologique spécifique, en se concentrant sur les suprémacistes blancs, les acteurs antimusulmans, les ethnonationalistes, les souverainistes et la “manosphère”. Cela nous permet de comprendre comment ces communautés distinctes fonctionnent en ligne. Nous avons constaté que la gravité du contenu extrémiste dépend de la plateforme de médias sociaux. Les messages publiés sur Facebook et YouTube, par exemple, ont tendance à être plus implicites dans leur contenu, ce qui pourrait signifier que les extrémistes apprennent à s’adapter à ce qui est autorisé selon les conditions d’utilisation des différentes plateformes de médias sociaux. Des événements marquants, tels que les attentats contre la mosquée de Christchurch et les élections fédérales canadiennes, ont provoqué des pics d’activité en ligne de la part des extrémistes de droite. Dans le même ordre d’idées, nous avons constaté que la rhétorique antimusulmane était l’un des sujets de conversation les plus courants parmi les extrémistes de droite canadiens l’année dernière.

Qu’est-ce que cela signifie ? Les plateformes analysées dans ce rapport jouent un rôle essentiel dans la croissance de l’extrémisme de droite au Canada. Ils servent d’arène pour la diffusion de l’idéologie, de support pour la haine des groupes minoritaires et de terrain de recrutement fertile pour les groupes extrémistes. Le rapport appelle à une approche plus globale de la réglementation des plateformes de médias sociaux, en mettant davantage l’accent sur les plateformes marginales où prospèrent les communautés extrémistes. Dans la mesure du possible, cela devrait inclure un soutien accru aux petites plateformes qui souhaitent lutter contre l’extrémisme en ligne. En outre, il convient d’investir davantage dans des programmes d’intervention en ligne qui peuvent atteindre les individus qui s’engagent dans l’extrémisme de droite en ligne. Un effort similaire devrait être fait pour offrir un soutien aux victimes de la haine en ligne perpétrée par des extrémistes de droite.

Ce rapport intérimaire jette les bases de nos futures recherches. Parallèlement au travail hors ligne effectué par nos partenaires, le rapport final fournira une image nouvelle et complète de l’extrémisme de droite au Canada. Une meilleure compréhension de la manière dont les extrémistes de droite opèrent en ligne aidera les services répressifs et les autres parties prenantes concernées à reconnaître les auteurs et à protéger les victimes d’actes de violence à motivation idéologique à l’intérieur et à l’extérieur du Canada. Nous ne pouvons répondre efficacement à cette menace que si nous la comprenons.

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