Tripoli, Liban

APERÇU GÉNÉRAL

Tripoli, deuxième ville du Liban, a rejoint le réseau Strong Cities en décembre 2016. Au cours des dix dernières années, la ville a été le théâtre de tensions confessionnelles entre sa communauté sunnite et sa communauté alawite qui ont souvent dérivé vers la violence. Le quartier à majorité alawite de Jabal Mohsen et celui majoritairement sunnite de Bab el Tebbané ont été au cœur des confrontations armées survenues sporadiquement à Tripoli entre 2008 et 2015. Le camp palestinien de Nahr el Bared a également assisté à des confrontations entre l’armée libanaise et les militants de Fath el-Islam en 2007.

Les causes de ces déflagrations sont multiples ; elles découlent de problèmes régionaux, nationaux et locaux. L’une des victimes directes de ces conflits a été la population de Tripoli mais aussi l’image et la réputation de la ville, à l’échelle nationale et internationale. Alimentée par la couverture médiatique, le tourisme à Tripoli a pâti de cette image et la ville, dont l’économie reposait  essentiellement sur ce secteur d’activité, en a payé le prix.

Les Tripolitains tentent depuis de résister au stéréotype  véhiculé sur leur ville, à savoir qu’elle serait un terreau fertile pour les extrémistes, en gérant les problèmes  sociopolitiques présents sur le terrain. Une de ces initiatives communautaires est menée par le réseau Strong Cities, à travers la mise en place du réseau de prévention communautaire (RPC) de Tripoli.

 

LE CONTEXTE NATIONAL

Pour comprendre l’origine des tensions politiques et confessionnelles survenues à Tripoli, il faudrait d’abord les situer dans leur contexte national et régional. L’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafiq Hariri en 2005 a partagé, non seulement la ville de Tripoli, mais le Liban tout entier en deux coalitions politiques antagonistes : d’un côté, le mouvement du 8 mars, pro-chiite, de l’autre, celui du 14 mars, pro-sunnite. Plus tard, le conflit syrien produira un afflux de réfugiés vulnérables vers le Liban. D’après la Haute Commission des Nations Unies aux Réfugiés, l’UNHCR, il y aurait près de 1.011.366 réfugiés syriens au Liban.[1] Cet afflux a produit une contrainte conséquente sur le gouvernement national, engendrant une kyrielle de problèmes sociaux, économiques et politiques, allant des tensions palpables entre les communautés d’accueil et celles réfugiées à la pression considérable exercée sur les services sanitaires et les infrastructures.

Au souvenir encore récent de la guerre civile libanaise, survenue entre 1975 et 1990, s’ajoutent les tensions confessionnelles toujours évidentes. Ainsi, les initiatives de la société civile se trouvent souvent confrontées à la difficulté de voir leur travail défini dans la ligne du confessionnalisme. Les initiatives de PEV doivent donc être mises en œuvre dans le cadre sensible du tissu sociopolitique libanais. En 2017, le gouvernement libanais a nommé son premier responsable de la coordination nationale en matière de PEV, chargé de mettre en place une stratégie d’ensemble visant à combattre l’extrémisme violent.[2] Une stratégie nationale de PEV a été adoptée fin 2017 et lancée officiellement début 2018.

 

 

LE CONTEXTE LOCAL

En 2016, le réseau Strong Cities a lancé 6 réseaux de prévention communautaire (RPC) au Liban et en Jordanie. Les RPC, qui travaillent au niveau municipal, s’efforcent de créer des liens et de favoriser la communication entre la municipalité et les OSC (organisations de la société civile) locales, les ONG sur place et d’autres intervenants qui s’intéressent à la PEV : enseignants, travailleurs sociaux et responsables religieux. Le modèle de RPC du SCN est taillé sur mesure pour épouser les besoins de chaque ville et vise à gérer les problèmes que les membres du réseau considèrent comme prioritaires pour soutenir les efforts de PEV locaux. Les intervenants locaux connaissent mieux que quiconque leur contexte local et sont les plus à même d’affronter ses défis.

A Tripoli, le RPC a choisi d’axer son action sur les jeunes estimés vulnérables, âgés de 15 à 21 ans, résidant dans les zones de conflit de  Bab El Tebbaneh et Jabal Mohsen. Le RPC de Tripoli développe actuellement plusieurs initiatives en collaboration avec la Mairie de Tripoli.  Najia Ichlan, point de contact du RPC et médiatrice au sein de la Mairie, gère l’interface entre les différentes parties impliquées.

 

INITIATIVES PRINCIPALES

Ayant misé sur les arts, le RPC de Tripoli a organisé une série de séances de théâtre interactif permettant d’explorer les thèmes de l’identité, de la tolérance et de la cohésion sociale. Ce concept de « PEV à travers les arts » fournit aux jeunes un lieu sûr dans le cadre duquel ils peuvent gérer certains problèmes auxquels ils sont confrontés au quotidien, comme le chômage, la toxicomanie, l’incarcération ou la discrimination fondée sur la classe sociale. Le RPC a également mis au point, en collaboration avec ses homologues de la région, son « Guide Local d’action de PEV », lancé en mai 2018 en présence de la Coordinatrice nationale de la stratégie de PEV Rubina Abou Zeinab, les partenaires du projet et les intervenants locaux.

Le RPC de Tripoli s’est également impliqué en soutenant une campagne menée par les jeunes, intitulée Les balles perdues tuent la joie. La campagne est  le fruit de l’atelier de mai 2018 mené par l’équipe Young Cities (Villes jeunes) du réseau Strong Cities. Elle mêle travail d’élaboration de politiques municipales à un modèle éprouvé d’engagement des jeunes mis au point par le programme YouthCAN. Les balles perdues tuent la joie dénonce l’usage dangereux qui consiste à manifester sa joie en tirant en l’air avec des armes à feu au cours de mariages, pour célébrer la réussites aux examens ou aux élections ou au cours d’autres événements sociaux, politiques et culturels. Tirant profit de l’expérience et du réseau que met à leur disposition le RPC de Tripoli, les jeunes impliqués dans la campagne ont rencontré le Maire de Tripoli afin d’aborder la problématique et voir comment la municipalité pourrait soutenir la campagne et s'engager auprès des jeunes. Le RPC de Tripoli collabore actuellement avec la mairie pour mettre en place un Office de la Jeunesse, qui  sera un espace dédié aux jeunes Tripolitains, leur permettant d’exprimer leurs inquiétudes et d’aborder les problèmes auxquels ils sont confrontés en s’adressant directement  à la mairie. Le RPC prévoit de lancer l’Office de la Jeunesse début 2019, en partenariat avec la municipalité.

 

[1] http://unesdoc.unesco.org/images/0026/002614/261406e.pdf

[2]https://www.pressreader.com/liban/the-daily-star-liban/20180627/281599536233536


LEADERSHIP POLITIQUE LOCAL

prénom: Ahmad Kammaredine

Rôle: Maire de Tripoli

Ahmad Kammaredine Image reproduite avec l'aimable autorisation de la municipalité de Tripoli